Professionnaliser le métier d’enseignant : résumé de 15 pages de « La Pédagogie de la Mouche » de B. COLLOT

« La Pédagogie de la Mouche », une somme voire un sommet…

Repenser entièrement la pédagogie

 

Je (membre de l’équipe, professeure d’histoire-géographie en lycée) vous propose mon résumé commenté du livre « La pédagogie de la mouche » de Bernard COLLOT, concepteur des écoles du 3ème type, en lien avec notre conférence participative du 11 Avril sur la place des adultes dans l’école du futur !

Le titre m’a fait un peu peur ; je suis supposée être une professionnelle de l’enseignement, super professionnelle même puisque j’ai réussi un des concours les plus difficiles dans ce domaine… Mais j’ai souvent eu l’impression que toute cette formation n’avait pas du tout fait de moi une pro de l’Éducation, loin s’en faut, vu que les enseignements reçus dans ce domaine ne furent ni nombreux ni convaincants ! Donc je redoutais un plaidoyer en ce sens… Bon, c’était bien mal connaître la philosophie de Bernard ou avoir bien peu réfléchi ! Le doute est levé dès l’intro !

Le terme profession est donc à comprendre dans le sens « réponse à une demande », en l’occurrence celle des parents qui, sinon, inscriront leurs enfants ailleurs (école du chef lieu ou école publique pour EcoLIBRIS, hélas ! ).  Si un inspecteur va simplement vérifier l’application des Instructions Officielles, le parent-client, lui, va demander un résultat : suivre en 6ème dans une école du 3ème type.

Et chez EcoLIBRIS ? Il nous faudra expliciter ceci, lors des entretiens d’inscription mais aussi de façon générale : proposition être heureux à l’école parce qu’on y est soi ? En tous cas, nous n’avons pas de demande institutionnelle autre que le socle commun à 16 ans.

Dans ce but, l’enseignant élabore une stratégie en fonction d’un certain nombre de paramètres : son expérience, ses connaissances et choix « pédagogiques », l’état des lieux, l’état des parents, l’état de la municipalité, l’état du tissu associatif et des ressources existantes. Il peut jouer sur chacun de ces paramètres mais toujours de façon consensuelle. Bernard COLLOT explique qu’avant de demander le poste de sa classe unique, il avait pris soin de rencontrer la municipalité, les parents et d’obtenir leur accord. « Le consensus pouvait alors être la base d’une stratégie. »

« Lorsque l’enseignant se positionne comme professionnel, les rapports avec les usagers de l’école ne se situent plus dans un  rapport de pression mais dans un rapport partenarial de négociation. (…) Je n’ai jamais dit que j’avais la solution pédagogique miracle. Je leur soumettais des propositions soit de stratégie collective soit de stratégie individuelle, ce que je pouvais faire parce que j’étais un professionnel. »

« Accepter de rendre ainsi des comptes, de soumettre ainsi l’action à ses résultats et non pas à la valeur présupposée d’une méthode, admettre que l’on bute à tel moment sur des problèmes, apparaître comme celui qui cherche toujours des solutions et faire participer les parents, la municipalité à l’élaboration de ces solutions change profondément les rapports. La participation se substitue à la pression. »

Cela résonne/raisonne beaucoup en moi, y compris la partie sur la valeur présupposée d’une méthode… J’ai beaucoup plus confiance dans l’idée du tâtonnement expérimental continuel que dans un dogme, quel qu’il soit ! Je ne sais pas si cette préférence est partagée par tous les membres de l’équipe… ce qui n’est pas en soi un problème ! 😉 Cela veut dire aussi que ce positionnement est à la portée de toutes personne acceptant la remise en question… dans et hors l’Éducation Nationale ! 😉 Nos futurs facilitateurs seront donc bien des professionnels du tâtonnement expérimental permettant d’élaborer une stratégie éducative… Même s’ils n’ont pas appris à remplir une fonction ; surtout s’ils ne l’ont pas appris.

L’école peut donc devenir une « entreprise éducative ». Le mot entreprise étant ici dans son sens non-commercial.

 Ce passage m’a réconciliée avec l’idée d’entreprise ;-). Ces idées de partenariat et de consensus sont au cœur de notre projet, dès le départ, et bien plus que dans bon nombre d’écoles alternatives.

Suivent quelques pages expliquant en quoi le système traditionnel est très loin d’être une entreprise éducative et les conséquences multiples que cela engendre. Je vous en propose une citation : « C’est comme si un patron (l’État) avait conçu une usine pour fabriquer des savonnettes (des élèves sachant lire une notice) et qu’il demande ensuite à la même usine de lui produire des ordinateurs (des élèves pouvant remplir des feuilles d’impôt ou des questionnaires ANPE voire… des citoyens ! ) »

Et comme il n’y a pas de « professionnels » dans le corps enseignant, personne n’a réclamé les moyens et les stratégies pour répondre à cette nouvelle commande ! Tous ont continué à faire fonction !

Le membre du corps enseignant contraint de se professionnaliser hors de l’EN que je suis, ne peut qu’être d’accord !

L’implication des parents

 

implication parents écolobris

 

« Jusqu’à maintenant ceux-ci ont été soigneusement tenus à l’écart arguant du fait que l’on n’a pas à se mêler de la façon dont opère celui qui sait », à l’image du garagiste à qui on n’apprend pas son métier ! »

« Mais c’est oublier que TOUTES les voitures fonctionnent de la même façon,que tous les garages peuvent donc être aménagés de la même façon. Le garagiste-enseignant, lui, ne répare pas une voiture mais un ensemble de voitures différentes. »

« Il ne sait pas comment chacune fonctionne vraiment. Il ne peut assurer qu’elles ressortiront telles qu’on le lui a demandé » et en outre, les parents n’ont pas le choix de l’école comme le client à celui du garage, ni celui de ne pas payer ! »

La prise de conscience de l’importance de l’environnement extra-scolaire pour les apprentissages et celle du rôle de l’école dans la reproduction des clivages sociaux rendent l’implication des parents incontournable : « Dénier aux parents le droit d’au moins en discuter et de participer à l’élaboration des stratégies qui sont mises en œuvre, c’est leur dénier leur qualité de citoyen. L’école se comporte alors comme un État dans l’État. »

Cette barrière est aussi celle de la peur : peur des enseignants de se voir remis en cause/peur des parents de rentrer dans un espace dont ils n’ont pas forcément de bons souvenirs. L’école est comme un véritable no man’s land psychanalytique.

La rupture de cette barrière ne pourra se faire que dans le cadre de la transformation d’une fonction en une profession. Les enseignants ont alors affaire à des partenaires.

« Comme professionnel, j’ai appris à accepter comme ayant valeur toute position différente de la mienne. C’était mon rôle de trouver le consensus (et non le compromis) qui permette le fonctionnement d’une stratégie. »

 A EcoLIBRIS, toutes les décisions sont déjà prises par consentements ! Nous utilisons ce mot et ce processus en référence à la sociocratie… Mais ce serait un autre sujet !

« Tous les 15 jours, les parents se réunissaient. La totalité était régulièrement présente. Une fois sur deux, je n’y participais pas pour libérer la parole. »

« La stratégie décrite, privilégiant les actions pédagogiques individuelles sur l’action pédagogique collective, favorisait également la prise en compte des problèmes concernant chaque enfant en concertation avec chaque parent. Nous l’étudiions ensemble. Souvent la piste de la solution venait d’un parent. Il participait à l’ajustement de l’action. »

Cela souligne l’importance des réunions collectives et des entretiens familiaux réguliers… A contractualiser ?

Et vous, ça vous inspire quoi ?

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